Chapitre Treizième
Vie
Au matin, Lord Cricri descendit contrit
rejoindre les sœurs pour le petit déjeuner. Lady Sissi, le visage
défait, l'œil torve et la bouche mauvaise sirotait son café,
tandis que Lady Chrys, assise légèrement en biais sur sa chaise
pour ne point trop rester en appui sur son fessier, croquait dans un
pain au lait.
A son entrée, Sissi plongea plus encore le nez dans
sa tasse tandis que Chrys se redressait promptement se mordant la
lèvre en même temps que sa viennoiserie.
"un trou meurtri
suffit" pensa t-elle en hochant la tête, un sourire au coin
des lèvres. Ce que lord Cricri prit aussitôt pour une invitation et
s'empressa de s'assoir aux côtés de la jolie blonde. Lady Sissi,
mortifiée, se leva sans plus attendre et partit rejoindre sa
chambre. Décontenancés, les
amants improvisés ne surent que
dire ni faire. Enfin, Chrys préféra rejoindre sa sœur afin de lui
parler.
"- Sissi? puis-je entrer ? c'est moi
- Entre,
c'est ouvert...
- Tu ne vas pas te recoucher ! pourquoi te
déshabilles-tu ?
- Fais ce que tu veux, mais moi, je ne passe pas
la journée avec ce malotrou ! (tru, pardon)
- écoute Sissi !
c'est une terrible erreur nous te l'avons expliqué ! tu ne vas pas
lui en vouloir pour si peu !
- Si peu ?! est-ce à dire qu'il
ne t'a pas contenté comme tu l'aurais souhaité sœurette ?
- Oh
Sissi arrête ! tu n'es pas drôle là... Tu ne vois pas qu'il
souffre ? et moi ? tu imagines ce que je peux ressentir ?
- ça...
je l'imagine sans peine oui... c'était bon ?
- cesse tes
sarcasmes de suite ! je ne savais pas que c'était ton bellâtre ! tu
penses bien que je ne l'aurais pas laissé faire ! Je croyais que
c'était Tubalcain... je n'y ai vu que du feu !
- ...
- Ecoute
Sissi, viens ! allons voir Cricri... pardonne lui... je ne tiens pas
à ce que mon séjour soit entaché pour une broutille !
- Une
broutille ! comme tu y vas fort ! je sais bien qu'il n'est pas monté
comme le marteau-pilon de ton forgeron mais tout de même ! Allez, tu
as raison, ne gâchons pas nos vacances pour... si peu...
- Ah !
tu souris... je préfère te voir ainsi Sissi... je ne voudrais pas
que nous nous disputions pour un homme... et puis, (air coquin) ça
ne sera pas la première fois que nous nous partageons les faveurs
d'un de ces messieurs !
- Moui... mais... enfin là, je n'étais
pas d'accord ! c'est que... tu vois je crois que... je tiens à
lui...
- Houla sœurette ! tu me sembles bien éprise !... à
défaut d'être prise.. hihihi pardon ! ça m'a échappé !"
Sissi, encore un peu chagrine, voulut bien suivre sa sœur et
rejoindre lord Cricri qui, seul et penaud, finissait d'engloutir une
tartine de pain de campagne recouverte d'une épaisse couche de
rillons préalablement trempée dans son café au lait. N'osant pas
regarder lady Sissi, Il termina les miettes qui ornaient la table,
remua dix fois sa cuillère dans son bol avant de le finir
goulûment.
"- Cricri ?
- Oui ma Sissi ?
- Je veux
bien vous pardonner cet... écart... mais il est bien entendu que si
un tel "accident" venait à se reproduire, je ne pourrais
passer outre !
- oh merci ma Sissi ! dit-il se jetant à ses
pieds.
- Relevez vous mon ami ! que vous êtes bête ! allons,
cessez ! que proposez-vous par cette belle journée pour nous amuser
ma sœur et moi ?
- Et bien, si nous invitions Lord Titi, nous
pourrions faire une partie à quatre !
- Cricri ! s'écrièrent
les deux sœurs outrées, d'un bel ensemble
- de badminton chères amies
!
Aussitôt dit, aussitôt fait... on envoya chercher Lord Titi,
qui ravi de revoir Cricri, son ami depuis longtemps, Chrys et Sissi,
accepta l'invitation sans délai.
Ils jouèrent durant deux heures
sous le soleil léger de ce matin de printemps.
La bonne humeur
des quatre jeunes gens était palpable.
Ils décidèrent, pour se
rafraichir, de se rendre au Potcheen, taverne irlandaise du Comté.
Cricri choisit une "bière du démon", Sissi préféra une
"queue de charrue", Chrys
une "delirium tremens"
et Titi une "toison d'or".
Ils sortirent de là,
hilares, parlant fort, Lord Cricri entamant un concours de rot avec
Lord Titi, lady chrys tenant par le bras une Lady Sissi ronde comme
une queue de pelle.
Ils arrivèrent au domaine des deux sœurs.
Lady Chrys convia Titi à déjeuner. "nous aurons ainsi
l'occasion de discuter comme au bon vieux temps" minauda t-elle.
"oh toi ma sœur, tu as une idée derrière la tête avec Titi"
songea Sissi.
Ils déjeunèrent tous quatre, la maitresse de
maison ayant décidé de partir dès l'aube rendre visite à sa sœur
pour quelques jours.
Le déjeuner fut animé, les garçons
rivalisant d'humour pour faire rire les filles.
" - et vous
connaissez celle du PD qui va voir son charcutier ?"
Sissi
fit les gros yeux à Lord Cricri qui faisant semblant de ne pas
comprendre termina son histoire dans un éclat de rire faisant voler
autour de sa bouche, des miettes de son repas.
Les
sœurs, navrées, ricanèrent pour ne pas être en reste, tandis que
Titi tapait sur l'épaule de son ami à grand renfort de "sacré
Cricri va ! tu me feras toujours rire".
A la fin du repas,
les hommes proposèrent une sieste réparatrice dans le verger
attenant. Ils prirent plaids et châles et partirent gaiement vers
leur lieu de repos.
Lord Cricri s'installa avec Sa Sissi sous un
amandier en fleurs. Les pétales blanc-rosé fleuraient bon, quelques
uns voletaient, évoquant les flocons de neige qui manquent
aux
hivers de la région. Lady Chrys entraina Titi un peu plus loin...
beaucoup plus loin, à l'autre bout du verger, derrière une massif
de groseilliers et de mûriers. Ils disparurent derrière leur verte
parure. Lord Cricri déjà allongé, se rapprocha de sa belle qui
s'installait à ses côtés, l'aida à trouver la meilleure position
contre son épaule. Les senteurs exaltantes de l'amandier, la douceur
de cet après-midi printanier, le parfum enivrant de Sissi, firent
monter
un désir bien naturel à notre ami. Mais Sissi, quelque
peu refroidie depuis cette nuit, fit semblant de ne rien voir. Elle
avait bien l'intention de faire payer à son fiancé son incartade
nocturne...











Commentaires