Chapitre Neuvième

Tof
Au petit matin, se réveillant la tête comme un compteur à gaz, il rejoignit la salle de bains et plongea dans la baignoire une fois celle-ci remplie. De son coté, Sissi, levée depuis une bonne heure, trépignait d'impatience à l'idée de voir sa sœur, Lady Chrys, venant passer une semaine dans la demeure familiale. Lady Sissi avait pris un petit déjeuner léger, n'ayant pas beaucoup d'appétit. Elle appréhendait d'annoncer à sa sœur l'histoire d'amour la liant à Lord Cricri, et s'était donc contenté de 4 œufs brouillés, une tartine de rillettes de canard, 3 tranches de ventrêche grillée, 2 saucisses, 1 pain aux raisins et 2 croissants. Tout cela accompagné d'un peu de beurre, de deux grandes tasses de café et un verre de jus de pomme. C'est donc l'estomac léger qu'elle partit à la rencontre de sa cadette qui venait d'arriver après 1 semaine de calèche. Lady Chrys habitait dans l'est du pays, un comté pas franc pour un sou, pire même ! En effet, les hivers rigoureux succédaient aux automnes pluvieux, les printemps grisailleux laissaient la place à des étés sans saveur. Ce comté envahit par les prussiens au siècle dernier avait été libéré par l'armée nationale. C'est donc dans la caserne où travaillait le galant homme de Lady Chrys qu'elle habitait. Elle venait de temps à autre retrouver le prompt confort de la demeure familiale. Alors qu'elles rentraient toutes les deux dans le salon, elles entendirent la voix chantonnante de Lord Cricri. Celui ci, dans son bain, fredonnait à tue-tête une ritournelle d'un baladin du coin, nommé Alan Loudsong (traduction vaseuse d'Alain Chamfort). Cela donnait à peu prés ceci : "j'ai la fièvre dans le sang, cette fille m'échauffe les sangs, comme un adolescent, je déraille bon sang". Reconnaissant cette voix, Lady Chrys demanda à sa sœur ainée si elle ne rêvait pas. Lady Sissi, légèrement décontenancée, devait se résoudre à lui révéler la vérité. Elle lui avoua avoir invité Lord Cricri, rencontré pourtant chez lady Chrys, dans sa demeure (c'est pire que les "feux de l'amour" ! Non, ce sont les "Vieux de l'amour"). Elles allèrent déblatérer de leurs vies personnelles dans le grand jardin à la française manucuré par des domestiques dédiés à cette tâche et tous prénommés Nicolas. Après le bain réparateur et musical, Lord Cricri s'essaya au rasage. Il avait amené avec lui un coupe-chou, mais notre homme, habitué au travail rapide et professionnel du barbier, se coupa à maintes reprises. Il dut faire face aux hémorragies multiples de son visage déjà tuméfié par tant d'autres avaries. Habillé d'un costume trois pièces d'un couturier célèbre, mais néanmoins prussien, de cette époque (Karl Mandelfeld) lui ayant coûté la modique somme de 3 chevaux et 4 brebis (pas la peine de donner le montant exact, la monnaie n'existe plus), il se trouvait assez élégant. D'ailleurs, il se dit "et les gants ? ". Il remonta dans sa chambre récupérer bien vite ses maudits gants oubliés, pris qu'il était d'une envie incoercible de revoir sa belle et s'excuser par là-même de son attitude singulière de la veille.
Il déambulait, seul, dans la grande maison. Il alla à la cuisine et après s'être rassasié de mets divers, revint vers le salon, espérant trouver son amour. Que nenni, personne dans le salon. Il entreprit donc d'aller à la recherche de Lady Sissi. Il partit dans le jardin et voyant les gourgandines, décida de leur faire une blague. Elles avaient investi le labyrinthe végétal pour se parler, calmement et à l'abri des oreilles curieuses des jardiniers, de leurs amours adultérines ou pas. Lord Cricri s'engagea aussi dans ce dédale de buis haut finement taillé par les armées de petites mains au service de ce jardin. Il les entendait parler et ricaner. Il s'approcha d'elles doucement sans bruit se cachant de temps en temps dans les interstices laissés là par les caprices de la pousse. Elles n'entendaient pas Lord Cricri se rapprochant d'elles, trop occupées à raconter leurs aventures personnelles. C'est à ce moment là que, dans un cri de bête sauvage, il sauta sur Lady Chrys, pensant qu'il attrapait Lady Sissi, et finit sa course, la dame contre lui, dans le mur de buis. A la vue de sa méprise, rouge de honte, il partit en courant, anonant des excuses incompréhensibles. Lady Sissi, qui avait sursauté de peur et d'effroi, s'était laissé à une miction involontaire due à un périnée un peu distendu et la frayeur causée par cet imbécile de Lord Cricri.
Elles décidèrent de rentrer dans la maison, afin de changer ses affaires pour l'une, et changer ses affaires, pour l'autre.
Se souciant peu de l'absence maintenant grandissante de Lord Cricri, elles continuaient de blaguer. Les sourires espiègles et complices montraient que les discussions ne devaient être piquées des vers. Au moment du déjeuner, elles s'inquiétèrent enfin de l'absence prolongée de l'amoureux transi. Elles l'appelèrent encore et encore mais point de réponse. Notre homme, perdu dans ce labyrinthe, ne trouvait plus le chemin de la sortie. Cela faisait une paire d'heures qu'il tournait en rond, ne voulant pas appeler à l'aide de peur de se sentir idiot. S'il savait combien cette interrogation n'avait plus lieu d'être... Elles le trouvèrent, enfin, mort de fatigue, de soif, de faim. Elles le ramenèrent vers la maison, lui promettant un repas digne de ce nom.

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Article ajouté le 2009-11-02 , consulté 13 fois

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