Chapitre Huitième
TofCricri, venant de passer une énième fois sous les fourches caudines d'un destin sexuel pitoyable, se résigna une fois de plus de ce dessein malheureux. Il remontait vers la maison, avec Sissi à son bras, la démarche mal assurée de tant de malheurs à répétition. Le palefrenier et son sourire à une lèvre, hocha de la tête en direction de Cricri. Ne comprenant pas le domestique, il s'arrêta et demanda ce qui n'allait pas. L'homme d'étable lui signifia simplement que sa braguette était ouverte et que le prépuce dépassait. Cricri, une nouvelle fois pris dans une solitude honteuse se rebraguetta. Comment avait-il pu ne pas sentir son organe sorti, essayant de jouer la fille de l'air. Sans doute, à cause de la douleur encore présente des blessures de la fourche dans son postérieur qu'il avait mis du temps à dessiner à force d'exercices usants, mais néanmoins constructifs au vu des résultats positifs de son arrière-train. Le dîner était annoncé pour les 21 heures. Il lui restait donc une paire d'heures pour se remettre de ses émotions et décida de prendre un bon bain. Sissi, la paille dans les cheveux regardait monter son homme vers sa chambre. Elle gardait encore en mémoire cette journée usante pour les nerfs et sa fierté. Il était sûr qu'elle avait été reconnue par le chef de meute et s'attendait donc, à ce que sa réputation soit entachée d'un nouvel épisode propice aux dénigrements perpétuels des gens du coin.
Elle monta également dans sa chambre se refaire une beauté et une seconde jeunesse. A l'heure dite et après deux heures de repos, nos deux tourtereaux se retrouvèrent dans le grand salon pour un apéritif avec la maitresse des lieux. Madame Mère avait fait les choses en grand, sortant nappe en flanelle, couverts en argent, verres en cristal de Baccarat, serviettes en soie, tapis d'orient, tapisserie d'Aubusson au mur et lustres lourds comme une blague de Jean-Marie Bigard. Elle avait eu la bonne idée de faire venir le brasseur du coin (Claude de son prénom), devinant que Lord Cricri aimait l'alcool de houblon. Et vu les événements passés, il ne comptait pas laisser sa part aux chiens (ah non pas encore eux...). Lady Sissi dans une robe à crinoline du bel effet, et un décolleté appelant au viol vorace, trinqua avec Cricri, en prenant un alcool de noix (tiens donc...). Le menu paraissait savoureux : Palette à la diable en entrée, moukrènes à la glaviouze (pour les inconditionnels des "nuls" uniquement) en plat de résistance et un petit haggis ou panse de brebis farcie pour terminer avant d'attaquer un kouign amman en dessert. Repas léger s' il en est. Tout cela arrosé de vins divers et variés. En effet, le papa de Sissi étant un inconditionnel des bons vins, avait su, de son vivant se façonner une belle cave. Madame mère se souciant peu de ce genre de considération, était allée chercher un Château Haut-brion pour accompagner la palette. Un Tavel bien frais ferait honneur aux moukrènes pendant que le haggis serait servi avec un Romanée-conti d'une robe exceptionnelle. Le kouign amman se marierait trés bien avec un doigt de chouchen. Nos trois protagonistes s'installèrent à la table. Sissi, les yeux éperdus d'amour s'assit en face de Lord Cricri et, illico presto, lui fit du pied sous la table. Alors qu'elle était assise au bout de la chaise, afin d'atteindre plus facilement le genou de son bien-aimé, cette dernière bascula vers l'avant et Sissi chut au sol, non sans se heurter le menton sur le bord de la table en chêne massif. Les yeux révulsés, allongée sur le sol, un sein s'étant échappé du pigeonnier, elle ne bougeait plus. Cricri ne put réprimer un grand éclat de rires. Cela était plus nerveux que réellement méchant. Madame mère appela de suite la gourvernante qui revint avec des sels qu'elle plaça sous les narines de Sissi. L'odeur acre et acide réveilla notre belle au menton bleuissant. Le repas pouvait alors commencer, mais Sissi et Cricri se demandaient ce qui pourrait bien leur tomber dessus. Et bien, tout se passa sans aucune anicroche. La palette, légèrement relevée d'une sauce aux piments d'espelette, fondait dans la bouche. Cricri dut se servir plusieurs fois de ce Graves merveilleux, afin d'éteindre l'incendie buccal dû à l'absorption d'un morceau de piment. Les moukrénes délicatement assaisonnés au pili pili d'Amérique Centrale exhalaient des embruns appétissants. Cricri, prit par le feu du condiment mexicain dut se résoudre à finir la bouteille de rosé des côtes du Rhône. Sissi, aussi sobre que le président des Alcooliques Anonymes du Comté, résorbait les brûlures cuisinées à grand coup de carafe d'eau. Le haggis n'eut pas le succés escompté. Alors, Cricri se jeta sur la bouteille de Romanée-conti, suave vin de Bourgogne. Sissi, l'air effrayé de voir Cricri ingurgiter autant d'alcool, lui fit comprendre d'un regard désapprobateur, qu'elle voulait garder son homme en pleine forme, pour enfin goûter aux joies du plaisir partagé. Cricri lui fit comprendre dans un rot puissant et généreux que la nuit serait des plus tranquille. La gâteau breton n'avait plus sa place à la table, puisque notre couple et Madame mère étaient repus. Cricri ne s'échappa pas (comme la barbe) devant le chouchen. Mais il était tôt encore, et ils passèrent au salon. Cricri demanda si un armagnac (domaine d'Ognoas ou Laberdolive) se trouvait dans le bar. Le majordome s'éxecuta et fit un rapide inventaire des alcools en présence. Un fond de Laberdolive trainait depuis un moment dans une bouteille poussièreuse. Il entreprit donc de la finir. Sissi, malheureuse d'autant d'incompréhension, monta dans sa chambre. Pourquoi s'habiller, pourquoi se maquiller, pourquoi se coiffer si les effets voulus s'évaporent dans les vapeurs d'alcool. Que de temps perdu devant sa glace pour un résultat si misérable ! Elle essaya de pardonner à Cricri, convaincue que le garçon s'était enivré afin d'oublier ses turpitudes de la journée. Et comme elle avait raison. Quelle largesse d'esprit, quelle compréhension, quelle femme tout simplement ! Cricri, en bas, commençait une sieste réparatrice sur le sofa devant la cheminée. Madame mère avait regagner ses pénates. Les ronflements alcooliques du Monsieur réveillèrent l'ensemble de la maisonnée. Une servante accorte se décida à réveiller le jeune homme. Croyant avoir à faire à Sissi, il l'a plaqua sur le canapé, alors qu'elle venait de le réveiller. Le genou preste et habile de la soubrette rencontra le vif et vigoureux sexe de Cricri. Les sollicitations furent de suite éteintes par ce coup promptement porté. Cricri devint blême, tomba sur le tapis et rendit tout ce que son estomac contenait.
Il était temps pour lui de regagner sa chambre et oublier bien vite ces catastrophes en chaîne.
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